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« D’une seconde à l’autre, passer de la secousse à la couverture »

Comment qualifier l’année que vient de vivre le bureau de Mexico ?

L’année a été très dense ! Elle a été marquée par plusieurs événements marquants pour nous, en premier lieu l’assassinat de l’un de nos pigistes, Javier Valdez, correspondant dans l’État de Sinaloa, l’un des plus dangereux du Mexique. Il était spécialiste du narcotrafic et travaillait dans un hebdomadaire d’investigation local Riodoce et pour le quotidien La Jornada. Il a été tué par balles le 15 mai à la sortie de son bureau. Sa mort nous a profondément affectés. C’était un journaliste très précieux et un ami pour beaucoup d’entre nous. Ce drame nous a rappelé combien la situation des journalistes se dégrade dans ce pays. L’autre moment fort de 2017, c’est bien sûr le séisme qui a frappé Mexico le 19 septembre.

Réussit-on à enchaîner sur la couverture après un tel choc ?

D’une seconde à l’autre, il nous a fallu passer de la secousse à la couverture d’une catastrophe naturelle touchant une ville de 20 millions d’habitants. Pendant une semaine, notre travail a comporté une part d’improvisation. Bien que nous n’ayons pas de vidéaste sur place – celui du bureau était à Porto Rico pour couvrir le passage de l’ouragan Maria – notre couverture multimédia s’est révélée excellente. Il faut dire que tous les collaborateurs y ont contribué, dans tous les domaines. Des journalistes texte ont produit de la vidéo et de la photo, des commerciaux ont fait de la vidéo, des photographes et des secrétaires ont réalisé des interviews texte… La solidarité était totale.

Le séisme a-t-il directement impacté le personnel de l’AFP ?

Nous avons été atteints car le bureau est situé dans une zone très sismique de Mexico. L’épicentre était extrêmement proche. Comme à chaque anniversaire du séisme de 1985, nous avions effectué un exercice de répétition. Et deux heures plus tard, un tremblement s’est produit sans aucun avertissement. L’alerte s’est déclenchée avec la secousse, ça a été la stupeur ! Par chance, il n’y a eu aucune victime au bureau mais nous avons été très secoués.

La catastrophe a-t-elle laissé des traces psychologiques ?

Le post-séisme est dur à vivre pour tout le monde. On est dans une sorte d’hypervigilance et il n’est pas rare qu’on dorme habillé, de peur qu’une réplique survienne. Les collaborateurs ont dû avaler le choc et en même temps se remettre au travail et gérer leur famille. Avoir tout ça sur les épaules peut être très lourd même s’il y a beaucoup de choses positives : le travail collectif, la solidarité, l’attachement à l’Agence… A la demande de Paris, un débriefing a été organisé et il a permis de mesurer l’impact du séisme chez les personnes. Certaines ont du mal à encaisser le coup. L’AFP a fait appel à un groupe de psychologues pour les suivre et les soulager.

Comment vous étiez-vous préparé ?

La préparation a été cruciale. Fort heureusement, nous avions fait plusieurs répétitions et mis en place un protocole de sécurité, dans l’hypothèse très probable d’une catastrophe de grande ampleur. Des plans A, B, C et D avaient été élaborés, avec différents points de rendez-vous pour tous les membres du bureau, parce qu’on imaginait que toutes les communications seraient coupées, ce qui a été le cas.

Quels autres moments, moins dramatiques, retenez-vous de 2017 ?

Je retiens un beau projet monté en commun avec le bureau de Washington, qui a consisté à envoyer des photographes parcourir en parallèle les deux bords de la frontière américanomexicaine, d’une côte à l’autre, soit plus de 3 000 kilomètres. Ils étaient trois, un Américain du côté des États-Unis, un Mexicain et un Salvadorien côté Mexique. Leur voyage en images, avec ses regards croisés et ses prises de vue par drone, a été largement repris par nos clients. Il a parallèlement donné lieu fin 2017 à une exposition à l’UNAM, l’université la plus prestigieuse du Mexique.

20 septembre 2017 – La Une du New York Times. © Ronaldo SCHEMIDT / AFP

19 et 20 septembre 2017 – Les photos AFP à la Une des sites Bloomberg, El nuovo Diario, The Straits Times, Epoch times. © Ronaldo SCHEMIDT / Victor CRUZ / AFP

Sylvain Estibal

Sylvain Estibal

Directeur du bureau de Mexico