Aller au contenu principal
EN

La Maison Blanche sous Trump : une couverture hors normes

Couvrir la Maison Blanche sous Donald Trump n’est pas une sinécure. « C’est même se plonger dans un rythme effréné où tout est hors norme », assure Jérôme Cartillier, correspondant permanent de l’AFP à la Maison Blanche. Pour un journaliste en charge de l’exécutif américain, explique-t-il, une journée type commence avant le lever du jour : « Le président tweete entre 6h et 7h, en fonction de ce qui lui passe par la tête ou de ce que diffuse Fox News. » Il faut ensuite suivre sa communication officielle et ses apartés avec la presse, un exercice souvent chaotique, qui vient s’ajouter à la couverture classique, elle aussi intense.

« Ce qui était déjà une gageure sous une administration ‘’normale’’ est devenu fou avec Trump », renchérit Andrew Beatty, correspondant permanent à la Maison Blanche. « Il est impossible de couvrir l’ensemble des infos d’une journée. Il n’y a simplement pas assez de reporters pour le faire », constate-t-il, estimant toutefois que « l’exhaustivité ne se justifie pas nécessairement ». Selon lui, bon nombre des messages que veut faire passer la Maison Blanche sont destinés à la base électorale du président et pas toujours d’un réel intérêt pour la presse internationale.

« La difficulté tient surtout au fait que nous devons écrire sur Trump du matin au soir, raconter comment fonctionne cette administration si différente des précédentes », poursuit Jérôme Cartillier. Pour ne rien arranger, certains propos ou messages du président sont parfois obscurs voire contraires aux faits. « Un décryptage est nécessaire mais il se révèle complexe car les conseillers de la Maison Blanche sont régulièrement pris de court », dit-il. À ses yeux, la seule solution reste de « réclamer des accès pour pouvoir poser des questions ».

À cet égard, il convient que le rapport de Donald Trump au verbe complique le travail de l’agencier. C’est particulièrement frappant dans le domaine diplomatique, où les mots sont pesés au trébuchet. « Alors que la tension avec la Corée du Nord était à son zénith, il a lancé à des journalistes : ‘’C’est le calme avant la tempête’’ », se souvient le correspondant. « C’était une phrase lourde de sens mais comment l’utiliser ? Quel poids lui accorder ? En même temps, on ne pouvait laisser filer une déclaration potentiellement majeure. »

Les règles fondamentales du journalisme d’agence n’en sont pourtant pas modifiées. « Pour décortiquer l’action de ce président atypique, il faut deux choses : de la couleur sur son style, sa manière de parler, d’interagir, et d’autre part de la mise en contexte très haut dans la copie », souligne Jérôme Cartillier. « Nous devons pointer les aberrations, les contradictions s’il y en a, mettre en relief les propos et donner du sens à ce flot de paroles et de tweets. Par exemple en mettant en miroir les déclarations par rapport aux faits. » Andrew Beatty corrobore : « Il faut rester factuel, comprendre pourquoi Trump a dit telle chose et quelles en sont les implications. C’est assez classique ».

Le photographe Jim Watson, qui couvre la Maison Blanche depuis 13 ans pour l’Agence, trouve lui aussi cette administration imprévisible. « Beaucoup d’événements sont annoncés au dernier moment et il faut sans cesse travailler dans la précipitation », déplore-t-il. « Ce n’est pas plus compliqué qu’avant, nous avons les accès mais il faut faire plus vite. » Cela étant, il avoue s’être ennuyé à la fin de la présidence Obama. « Une forme de morosité s’était installée, tous les événements se ressemblaient », se souvient-il. « L’arrivée de Trump a en quelque sorte revigoré la couverture photo qui est redevenue excitante. Les deux raisons en sont que Trump lui-même est devenu une attraction planétaire et qu’il se passe toujours quelque chose à la Maison Blanche. Parfois il faut attendre, mais il y aura une bonne histoire au bout du compte. »

06 avril 2017 – Le président américain Donald Trump répond aux questions des journalistes à bord de l’Air Force One. © Jim WATSON / AFP

Jérôme Cartillier

Jérôme Cartillier

CORRESPONDANT PERMANENT À LA MAISON BLANCHE

Andrew Beatty

Andrew Beatty

Correspondant permanent à la Maison Blanche

Jim Watson

Jim Watson

Photographe