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« Le départ de Mugabe ? Un scénario surprise, une couverture acrobatique »

Aviez-vous anticipé la démission de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 37 ans au Zimbabwe ?

Pour beaucoup, Robert Mugabe était président à vie. Il était impensable que l’ancien héros de l’indépendance devenu dictateur ne meure pas au pouvoir. Nous avions échafaudé des plans au bureau de Johannesburg dans cette hypothèse. À 93 ans, c’était un vieux monsieur à la santé fragile. La surprise est venue du scénario inattendu, qui a entraîné une couverture acrobatique pour nos équipes. D’autant plus qu’il reste difficile pour la presse de travailler au Zimbabwe.

Comment l’AFP s’est-elle organisée pour couvrir l’événement ?

La situation est longtemps restée floue, Mugabe avait renvoyé son vice-président et ça grognait dans les rangs du parti au pouvoir et de l’armée. Le bureau de Johannesburg surveillait la situation comme le lait sur le feu. Le 14 novembre, des informations sur des mouvements de blindés vers la capitale nous sont remontées. Nous les avons vérifiées et nous avons envoyé notre journaliste Susan Njanji, de nationalité zimbabwéenne. Elle est passée sans problème et a pu tâter le terrain. Au deuxième jour, alors que des chars contrôlaient les accès au Parlement, nous avons dépêché sur place une JRI sud-africaine, qui est entrée sans visa.

Vous avez donc dû faire entrer des journalistes au compte-gouttes…

Mugabe avait été placé en résidence surveillée, nous nous sommes dits qu’il fallait d’autres renforts. Un photographe, un JRI et un technicien kenyans ont été envoyés de Nairobi et sont passés sans difficulté. En revanche, deux journalistes photo et vidéo de Johannesburg, avec des passeports européens, ont été refoulés. Nous avons donc décidé de faire passer un photographe et une JRI par les chutes de Victoria. L’adjoint de Johannesburg a ensuite pu rejoindre Harare pour coordonner le dispositif.

Les effectifs étaient-ils suffisants pour assurer une telle couverture ?

Au tout début, nous avons fonctionné avec nos deux correspondants habituels, deux photographes et un JRI locaux, eux aussi zimbabwéens, et les premiers renforts. Cette équipe aurait pu suffire pour une couverture lambda mais, compte tenu de la portée de l’événement, nous avons opté pour un déploiement plus important. Au plus fort de la crise, en comptant nos pigistes zimbabwéens, nous avions 6 JRI opérationnels, ce qui s’est révélé très utile.

16 novembre 2017 – La Une du Times. © AFP

Avez-vous réussi à produire des live au cours de cette folle semaine ?

Nous avons réussi à faire passer un boîtier Aviwest. La difficulté d’accrocher un réseau 3G nous a joué des tours mais nous avons pu couvrir en direct les principaux événements, en particulier l’annonce de la démission de Mugabe par le président du Parlement et le retour de l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa. Avant, nous avions aussi suivi en live la journée de manifestations pour réclamer le départ du dictateur. Pendant toute la semaine, nous avons enregistré des scores de reprises très élevés.

La coordination des différents métiers a-t-elle posé problème ?

Pour la photo, le réseau de pigistes monté par Marco Longari, responsable pour l’Afrique, nous a été précieux. Comme c’était l’histoire du moment, bon nombre se sont précipités d’eux-mêmes au Zimbabwe. En texte, une fois que les live ont pu fonctionner, Johannesburg est entré dans la boucle et a pu tirer matière des directs pour écrire des papiers. L’alerte sur la démission a ainsi été faite du bureau régional en regardant le live. Cette configuration nous a permis de faire davantage de reportages.

L’émotion devait être vive chez les collaborateurs zimbabwéens…

Ils ont vécu un moment fort. Susan Njanji le raconte dans le blog Making-of. Après l’entrée en vigueur de mesures visant les journalistes, elle avait choisi de quitter le Zimbabwe en 2006. Elle travaillait alors au bureau de l’AFP à Harare. Même si elle était revenue pour de brèves périodes, elle a été très émue d’assister dans son pays au départ de Mugabe.

21 et 22 novembre 2017 – La BBC et CNN reprennent la couverture live de l’AFP lors de la démission de Robert Mugabe en direct de la capitale du Zimbabwe

Stéphane Orjollet

Stéphane Orjollet

Rédacteur en Chef Afrique