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Fabrice Lacroix

Fabrice Lacroix

Directeur Général

« L’AFP bute encore sur le mur de l’argent »

Entre l’accord d’entreprise, le plan de relance commercial et les nouvelles réalisations, que retenez-vous en priorité de l’année écoulée ?

Tout cela contribue à améliorer la marche de l'entreprise, mais l’élément le plus structurant a été, de mon point de vue, la signature de l'accord d’entreprise. Sa mise en place et l'entrée en vigueur de la nouvelle organisation du travail ont des conséquences déterminantes sur notre fonctionnement, notamment grâce à l’instauration du forfait jours pour les journalistes et les cadres. En termes de modération salariale ou d’évolution des grilles, nous ne tirerons des économies de cette réforme qu'au fil des années, à mesure que la structure d'emploi se rajeunira. En revanche, l'effet immédiat, c'est celui du temps de travail.

Dans quelle mesure cet effet s’est-il déjà matérialisé ?

L’harmonisation des durées de congé permet de construire un temps de travail moyen plus important pour une grande partie du personnel et cela crée de la valeur supplémentaire. Il s’avère, de fait, que nous avons été plus productifs en 2017 et ce léger ajustement à la hausse n’y est pas étranger.

Cela a-t-il contribué réellement à la maîtrise des charges ?

L’année a encore été difficile pour les recettes mais la bonne nouvelle, c’est l’arrêt de la baisse du chiffre d’affaires. Le plan de relance commercial et les efforts de prospection ont permis d’inverser la courbe. Malgré cela, nous restons en tension par rapport à notre objectif budgétaire. Ce petit écart a été compensé par la maîtrise de nos charges, essentiellement salariales, un certain nombre de postes ayant été gelés ou décalés dans le temps, et le recours aux CDD limité. Le fait que nous travaillions un peu plus individuellement contribue à rendre cela supportable.

Quel bilan tirez-vous de cette situation contrastée ?

Une fois ces réformes de fond opérées, nous en sommes arrivés à nous interroger sur l’état de notre modèle économique. Après trois années de résultats déficitaires, et malgré une préservation du chiffre d’affaires meilleure que chez beaucoup de nos concurrents, cette question devient cruciale. Alors même que toute la structure fait des efforts et essaie de se transformer, au travers de la négociation sociale et du travail des équipes, nous restons un peu justes en termes de capacité à dégager des ressources. Nous peinons à financer des investissements supplémentaires, à disposer de la trésorerie nécessaire pour que notre exploitation soit plus confortable. Bref, nous butons encore sur le mur de l’argent.

Le modèle économique de l’Agence est-il en cause ?

En partie si l’on considère les efforts que nous produisons, la qualité de notre production éditoriale et de l’implication de nos personnels. Sur un chiffre d’affaires de quelque 300 millions d’euros, le déficit que nous accusons est relativement faible. Il intervient néanmoins dans une situation de trésorerie difficile qui nous empêche d’aller plus loin dans le développement et l’innovation. Si nous voulons retrouver un élan, il faut remettre un peu d’essence dans la machine et donner à cette entreprise les moyens de son développement futur, dont les axes stratégiques sont identifiés depuis plusieurs années : l’international, la vidéo, le corporate et le sport.

Comment comptez-vous y parvenir ?

Emmanuel Hoog a exprimé auprès des pouvoirs publics le besoin d’un financement pluriannuel d’une soixantaine de millions d’euros. Des discussions sont engagées avec l’État qui instruit notre demande. Il s’agit de permettre à l’Agence de rester dans le jeu de la compétition mondiale et de regagner des parts de marché par rapport à ses concurrents. Ce financement, au-delà de la compensation que nous percevons pour notre mission d’intérêt général, aurait pour vocation de soutenir notre développement, là où, aujourd’hui, nous sommes contraints par la ressource et la trésorerie. Il nous permettrait de gagner en productivité et d’investir dans l’avenir, tout en nous aidant à assainir notre structure financière. En termes financiers, notre dette est plutôt basse mais nous manquons de marges de manoeuvre pour la rembourser.

À quoi serait précisément affecté cet apport financier ?

Schématiquement, cette enveloppe de 60 millions serait partagée en trois parties. Un premier tiers irait aux gains de productivité de tous ordres afin de limiter les charges d’exploitation. Pouvoir investir dans nos process et notre mode de fonctionnement nous permettrait de diminuer nos coûts. Le deuxième bloc serait affecté au désendettement et le troisième servirait à financer nos investissements et notamment l’innovation pour laquelle nous avons des projets à foison.

Justement, qu’en espérez-vous en termes d’investissements ?

Notre priorité va à la vidéo. Après Paris, nous avons mis en place une deuxième régie de diffusion live à Hong Kong mais il nous en faut sans doute une troisième, cette fois sur le fuseau américain. Quoi de plus logique pour une agence présente partout dans le monde, 24 heures sur 24 ! Il faut que nous puissions financer ce genre d’investissements dans un avenir proche. Nous devons aussi poursuivre l’installation de nos live sous IP. Avoir la capacité de produire davantage de live et de les diffuser très largement via Internet est un atout majeur, notamment sur le marché que nous ciblons, celui du broadcast, où les acteurs ont plus de surface financière que dans la presse traditionnelle, et représentent donc un potentiel commercial encore insuffisamment exploité. Par ailleurs, notre outil éditorial IRIS, qui sera complètement mis en service fin 2018 après l’intégration de la vidéo, nécessitera un entretien et un enrichissement permanents.

L’État est-il prêt, selon vous, à ce nouvel effort en faveur de l’Agence ?

L’État, sans vouloir parler à sa place, semble considérer que l’AFP est une entreprise gérée correctement, mais la réflexion porte plutôt sur un plan industriel et prospectif. Quel avenir économique et commercial pour l’Agence ? À l’heure de la lutte contre les fausses informations, y compris parfois de provenance étatique, cela a-t-il un sens de soutenir un fleuron européen de l’information mondiale ? C’est à ces questions que l’État, en tant que premier financeur, doit s’efforcer de répondre avant d’envisager d’accompagner le développement de l’Agence et la modernisation de son modèle.