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Philippe Le Blon

Philippe Le Blon

Directeur des ressources humaines

Temps de travail, congés, repos : "l'accord d'entreprise nous permet d'y voir plus clair"

Quelles sont les principales avancées de l’accord social conclu en 2017 ?

La première des avancées, c’est la visibilité. On en manquait dans la masse buissonnante des accords et pratiques accumulés au fil du temps. Avec son cadre simplifié, l’accord d’entreprise nous permet d’y voir plus clair et de disposer d’une base sur laquelle bâtir. Il a aussi pour effet de normaliser des mécanismes comme les prises de congé et leur cadencement, qui sont des enjeux importants dans toute grande entreprise. Les analyses réalisées avant les négociations avaient montré l’existence d’un fort reliquat de congés. Le nouveau système nous aide à les absorber en sortant de la logique d’accumulation. Ce mouvement de rationalisation, renforcé par un nombre de congés payés unifié à 37 jours pour tous les salariés, va être amplifié avec la mise en place de notre outil de gestion des temps et activités (GTA).

En quoi consiste précisément cette GTA ?

Il s’agit d’une aide à la mise en oeuvre des dispositions de l’accord sur le temps de travail. Plus concrètement, la GTA va doter de plannings l’ensemble des salariés de l’Agence. Un chef de service éditorial ou technique saura ainsi sur quels effectifs il peut tabler pour composer ses équipes, assurer des roulements ou prévoir des permanences. De la même façon, le collaborateur vérifiera lui-même sur l’intranet où il en est précisément de ses congés. C’est une grande nouveauté car jusqu’à présent, ces données se cachaient au fin fond de la fiche de paie. C’est aussi structurant : plus personne n’aura à poser la question, les collaborateurs se connecteront et iront sur leur compte personnel. Grâce à ce type d’outil et à des règles plus strictes, les congés sont mieux gérés et le droit au repos mieux garanti.

En garantissant ce droit au repos, l’AFP change-t-elle de logique en matière de récupération ?

La garantie de temps de repos constitue l’un des fils rouges de cet accord collectif. C’est vrai pour les congés comme pour le forfait jours et l’indemnisation des dépassements horaires et des astreintes. Nous en avons fini avec le paiement systématique des personnels qui travaillent plus ou qui sont envoyés couvrir un événement. Désormais, nous les faisons récupérer. Ce qui importe, ce n’est pas qu’on les paie davantage mais qu’ils se reposent.

La mesure phare est la création d’un forfait jours. Quel premier bilan peut-on en tirer ?

Parmi les mesures liées au temps de travail, il y a évidemment la mise en place du forfait jours, comme alternative au décompte horaire. Ce forfait de 202 jours travaillés (214 à l’international, avec un congé de 12 jours de retour d’expatriation) a été adopté par 75 % des journalistes. Comme prévu, assez peu de gens y ont souscrit dans les desks. Leur emploi posté justifie ce choix. En revanche, les expatriés ont tous opté pour cette formule. C’est une évolution naturelle dans la mesure où les journalistes s’inscrivent dans une logique de mission, sans décompte des heures. Même chose pour les cadres à un certain niveau de responsabilité. Ceux qui sont vraiment autonomes ont pris le forfait jours, ce qui est cohérent avec la nature même de leur activité.

Qu’en est-il du télétravail, que l’accord prévoit de faciliter ?

La mise en place du télétravail est déjà un beau succès puisque plus d’une centaine de collaborateurs travaillent depuis leur domicile à raison d’un jour par semaine. La pratique est rare chez les journalistes, leur activité se prête assez difficilement à cette organisation du travail. En revanche, le télétravail est courant à la direction des systèmes d’information et même à la direction commerciale et marketing. Des ajustements sont encore à prévoir, des explications aussi afin que chacun sache ce que cela implique. Ce type de travail à distance peut constituer une motivation pour certains salariés, c’est également une marque de confiance. Et il n’est pas rare que l’on travaille mieux chez soi plutôt qu’à son poste de travail habituel. On y est moins parasité et donc plus efficace…

Autre nouveauté, le droit à la déconnexion fait-il son chemin dans les services ?

Chaque salarié bénéficie de ce droit, y compris dans le forfait jours. Après sa journée de travail, hors astreinte, et durant ses plages de repos, rien ne l’oblige à lire ou répondre aux courriels et aux appels téléphoniques. À l’AFP, la démarche avait été initiée il y a trois ans dans le cadre du comité sur les risques psychosociaux (RPS). Le principe figure dans les nouveaux contrats de travail. Une absence génère un message électronique qui précise souvent que les courriels seront renvoyés vers d’autres personnes. De même, les journalistes en congés peuvent être sortis des listes internes de diffusion automatique. Ce chantier est bien engagé mais nous n’en sommes pas arrivés au bout. La suite logique consisterait à accorder le droit à la déconnexion à tout collaborateur dès lors qu’il quitte le bureau ou à des créneaux horaires choisis.

Quels autres chantiers vont devenir d’actualité en 2018 ?

Certains chantiers ne sont qu’effleurés dans l’accord. Je pense à tout ce qui concerne le développement des ressources humaines, notamment la gestion des compétences. Nous allons donc relancer nos campagnes d’entretiens de suivi professionnel. Côté journalistes, il existe un cycle de mobilité qui fait que cela se met en place naturellement. S’ils sont nommés pour trois ans, les entretiens interviennent à l’issue de cette période. S’agissant des personnels techniques et administratifs, ils peuvent avoir leur entretien entre février et avril. Le but est d’aller ensuite sur des revues de personnel, c’est-à-dire d’examiner les compétences, les besoins de formation et les perspectives d’évolution. Il conviendra pour cela de retravailler la cartographie des métiers de l’Agence.