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Aurélia End

Aurélia End

Rédactrice en chef économique internationale

Pauline Talagrand

Pauline Talagrand

Journaliste

L’AFP s’engage à mieux représenter les femmes dans ses productions

Sur la base d’un rapport confié à deux journalistes de la rédaction, la direction de l’Information de l’AFP a pris une série d’initiatives destinées à améliorer la représentation des femmes dans l’ensemble des productions de l’Agence.

Les femmes ont-elles la place qui leur revient dans les contenus produits par l’AFP ? L’Agence véhicule-t-elle encore des stéréotypes d’un autre âge dans ses productions ? Ces questions, les journalistes Aurélia End et Pauline Talagrand, alors en poste au service Informations Générales, les ont posées cinq mois durant dans le cadre de la mission de réflexion que leur a confiée Michèle Léridon, directrice de l’information. Un travail « journalistique et non militant », insistent-elles.

Si l’AFP « n’a pas à rougir de sa production », elle se doit d’être « exemplaire en la matière », écrivent-elles dans leur rapport, fruit de multiples entretiens, en interne comme en externe, et d’une analyse des productions et des pratiques. En accord avec la rédaction en chef, la direction de l’Information a décidé de reprendre bon nombre des recommandations qui y sont formulées, à commencer par l’ajout d’un point spécifique dans la Charte des bonnes pratiques éditoriales et déontologiques de l’Agence, et ce, afin de « veiller à refléter la diversité de la société » dans les contenus.

Règles claires en matière de féminisation

De même, plusieurs propositions du rapport figureront dans la nouvelle formule du Manuel de l’agencier, notamment l’introduction de règles claires en matière de féminisation des titres et des fonctions. « Le mot préfète, par exemple, ne peut plus s’appliquer à la femme du préfet au XXIe siècle dans la mesure où des femmes assument les fonctions de préfète », résume Aurélia End. Les rédactions sont ainsi invitées à suivre le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions élaboré, en France, par le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, lequel féminise quelque 2 000 noms.

De nouvelles règles ont été également édictées pour le traitement des violences conjugales. « Les termes ‘drame de la séparation’ ou ‘crime d’honneur’ sont à proscrire puisqu’ils n’ont aucune valeur juridique en plus d’être très connotés », souligne Pauline Talagrand. En outre, la publication des chiffres relatifs à ces violences devra faire l’objet de dépêches, à l’instar des statistiques sur la sécurité routière, un effort de contextualisation étant par ailleurs demandé pour la couverture des violences faites aux femmes.

Un document en cours d’élaboration qui succédera au Manuel de l’agencier s’enrichira aussi d’un chapitre sur la diversification des sources afin qu’il soit davantage fait appel à des expertes. « Les journalistes ne peuvent se contenter de ronronner toujours avec les mêmes interlocuteurs et doivent faire l’effort de trouver ces femmes expertes plus difficiles à attraper », font valoir les auteures du rapport. À cette fin, les services de production et les bureaux devront mettre en place des annuaires de contacts en veillant à une « véritable mixité ».

07 septembre 2017 – Paris, France – La ministre des sports Laura Flessel. © Joël SAGET / AFP

En finir avec la femme décorative

Autre consigne issue du rapport : le traitement égal des hommes et des femmes dans les productions de tous les métiers. Plus question de réserver aux femmes les descriptions physiques, notamment des tenues vestimentaires. Les rédactions sont aussi appelées à veiller à ce que les éventuelles mentions de la situation familiale ne concernent pas seulement les femmes et apportent « une vraie information ». Photographes et journalistes vidéo devront de surcroît s’employer à enrichir les archives en vue d’illustrer des sujets – souvent transversaux – liés aux femmes. « Et pourquoi, à la sortie du conseil des ministres, ne pas photographier davantage les hommes en pied, comme c’est le cas pour leurs collègues femmes ? », suggère Pauline Talagrand.

À l’heure des réseaux sociaux, la direction de l’Information préconise d’autre part une vigilance accrue sur les contenus postés, notamment sur Twitter. Il en va de même pour les vidéos apparaissant sur les chaines YouTube ou Dailymotion de l’AFP, dont certaines peuvent présenter un intérêt informatif discutable et générer des commentaires sexistes.

Visibilité quantitative et qualitative

Comme l’a précisé Michèle Léridon lors de leur présentation, ces mesures doivent permettre « une meilleure visibilité, tant quantitative que qualitative, des femmes ». Facteurs d’amélioration de la qualité des contenus, elles correspondent de plus à une « demande de rédactions clientes », en particulier des médias audiovisuels soumis à l’obligation de diversifier leurs sources et d’oeuvrer à une plus grande parité parmi leurs invités.

Pour faciliter leur mise en place, une session de formation à la couverture des faits divers sera proposée aux journalistes. En complément, l’AFP organisera une demi-journée de sensibilisation sur la représentation des femmes ainsi qu’une table-ronde avec des personnalités féminines. Elle confiera enfin à la chercheuse Marlène Coulomb-Gully, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Toulouse 2, le soin d’étudier sa production afin de mesurer les progrès réalisés.

N.B. : les deux auteures du rapport, commandé avant que n’éclate l’affaire Weinstein et le mouvement #balancetonporc, ont par ailleurs évoqué la question du harcèlement sexuel et des problèmes que pourraient rencontrer les salariées de l’AFP tant en interne qu’en externe, auprès de leurs sources notamment. Cette question, prise très au sérieux par la direction, sera traitée séparément.

17 octobre 2017 – Raqqa, Syrie – Rojda Felat, commandante des Forces démocratiques syriennes sur l’emblématique place Al-Naim. © Bülent KILIC / AFP