Aller au contenu principal
EN

« Le Making-of, j’y vais tous les matins vers 03h05 »

21 septembre 2017 – Paris, France – Marion Lagardère. © Vladimir SIMITCH / Capa Pictures / Europe 1

Que représente pour vous le Making-of de l’AFP ?

Le Making-of est une manière de suivre un événement avec un autre regard. Ce qui fait sa force, c’est son utilisation du « je » et le fait que la subjectivité du reporter soit assumée. Ce recul est indispensable parce qu’on parle tout le temps de neutralité alors qu’à mon sens, c’est un mythe complet. Quand on va sur un terrain, quel qu’il soit, on parle d’un point de vue. Je suis journaliste, j’ai été reporter pendant des années, je sais ce que cela veut dire. À la lecture d’un article, je vois à peu près comment il a été écrit, comment l’information est arrivée. Mais le lecteur ou l’auditeur n’a pas nécessairement les clés pour saisir ce contexte.

 

Concrètement, que vous apporte ce blog de journalistes ?

C’est pour moi un outil à la fois utile et innovant. Au-delà du récit à première personne, le Making-of apporte de la situation, des reporters y racontent l’envers du décor. Le fait que la photo y tienne une large place donne un relief considérable. Tout de suite, on change de dimension. En radio, on a besoin d’images et ce blog nous en offre de superbes. Et que ces photos soient mises en valeur par le texte de leur auteur, c’est génial ! Après, il faut arriver à décrire l’image et être assez précis pour permettre à l’auditeur de la visualiser.

 

Pensez-vous que le Making-of parle avec la même force au grand public ?

Les posts du Making-of disent quelque chose d’un moment particulier dans un endroit du monde. Découvrir les coulisses de cet événement est un vrai plus pour l’auditeur qui est bombardé d’informations souvent mises sur la même échelle et qui manque de recul. Et même si ces informations sont hiérarchisées, plus c’est loin, moins on en parle, c’est la règle… D’où l’importance de relayer les sujets que traite le Making-of de l’AFP. Personnellement, je suis convaincue que le témoignage de journalistes sur les ravages de l’ouragan Maria à Porto Rico peut parler à celui qui m’écoute de l’autre côté du poste.

 

Comment utilisez-vous ces sujets dans votre revue de presse ?

J’ai mon petit rituel. Le Making-of, j’y vais tous les matins vers 03h05 pour voir ce qu’il y a de nouveau. Quoi qu’il arrive, je le lis, c’est un réflexe. Sur ma liste de titres classés par ordre, il arrive juste après la presse nationale et la presse quotidienne régionale. Quand je trouve un post qui m’intéresse, je le note. Si le reportage me frappe, je me débrouille pour le citer, même s’il n’entre pas dans mon fil conducteur. Cela dit, la revue de presse est un exercice de sacrifice monstrueux. Systématiquement je me retrouve à devoir « trapper » beaucoup de choses. C’est valable pour des articles, des dessins, des reportages que j’avais pourtant envie de mentionner.

 

Certains posts vous ont-ils particulièrement marquée ?

Plusieurs me reviennent immédiatement, comme celui de cette ancienne correspondante en Bosnie, elle-même d’origine croatobosniaque (Sonia Bakaric, journaliste aujourd’hui basée à Paris et ayant couvert le conflit en ex-Yougoslavie, NDLR). Son récit était extrêmement puissant. Je pense à ceux qui m’écoutent : sur un sujet d’une telle complexité, un témoignage aussi franc et honnête apporte énormément à leur compréhension de la situation, bien plus qu’un compte rendu d’audience au Tribunal pénal international. Quel que soit l’auditeur, ça le fait entrer directement dans le vif, sachant qu’il est 08h30 et qu’il vient de se lever… Je me souviens aussi de ce post sur le difficile quotidien des journalistes en Afghanistan, un pays dont on ne parle jamais. Il m’a permis de rappeler qu’il y a des gens sur le terrain, que certains d’entre eux vivent dans le risque permanent et que la presse, ce n’est pas que des éditorialistes ou des polémistes.

 

« En radio, on a besoin d’images et ce blog nous en offre de superbes. Et que ces photos soient mises en valeur par le texte de leur auteur, c’est génial ! »

Attendez-vous davantage du Making-of en tant que journaliste ?

Je ne me pose pas la question. Mais si on devait élargir sa ligne éditoriale, il serait intéressant de se pencher sur les faits divers, comment les journalistes couvrent ce type de sujet, ce qu’ils pensent en photographiant les personnes qui leur ouvrent leur porte… Sans voyeurisme, évidemment. Il y a aussi le changement climatique, les désastres subis par l’environnement. C’est difficile à photographier et à illustrer, ça pourrait mériter un récit de reporter. Mais j’aime ce que je trouve dans le Making-of, cette émotion qui nous change du factuel brut. L’émotion, ce n’est pas sale, ce n’est pas péché en journalisme ! Il arrive qu’on l’utilise pour faire du trash mais, là, elle dit systématiquement quelque chose, il n’y a pas d’émotion en trop.

« Si le reportage me frappe, je me débrouille pour le citer, même s’il n’entre pas dans mon fil conducteur. Cela dit, la revue de presse est un exercice de sacrifice monstrueux. »